On aime la liquidité. Pouvoir vendre à tout moment rassure. C’est un réflexe sain : garder la main sur son argent.
Mais cette liberté a un prix.
Un prix rarement nommé, qui n’apparaît sur aucun relevé de compte. Il se paie en rendement auquel on renonce, en mauvaises décisions que l’on s’autorise… et parfois en rémunérations potentielles abandonnées.
La plupart des investisseurs raisonnent comme si rester liquide était l’option neutre, le choix par défaut, sans coût.
C’est l’inverse.
Chaque euro laissé disponible « au cas où » supporte un coût d’opportunité, un coût comportemental et renonce, dans certains cas, à une prime d’illiquidité.
Les nommer ne veut pas dire fuir la liquidité.
Cela veut dire cesser d’en payer plus que nécessaire.
Premier coût : le coût d’opportunité
Rester liquide, sur le long terme, coûte cher.
Sur les 125 dernières années, les actions ont délivré environ 6,6 % de rendement réel annualisé, quand le cash n’a guère fait mieux que préserver le pouvoir d’achat, avec environ 0,5 % de rendement réel (T. Rowe Price).
Sur une période plus récente de 25 ans, pourtant marquée par deux krachs majeurs, les actions ont rapporté environ 8,3 % par an, contre 1,9 % pour le cash (J.P. Morgan Asset Management).
Le cash ne construit pas le patrimoine.
Il le préserve à peine.
La liquidité permanente a donc un prix : le rendement auquel on renonce en la conservant plus longtemps que nécessaire.
Deuxième coût : le coût comportemental
C’est probablement le coût le plus sous-estimé.
La liquidité, c’est la liberté de vendre.
C’est aussi la liberté de vendre au mauvais moment.
Chaque année, l’étude Mind the Gap de Morningstar mesure l’écart entre la performance des fonds et celle réellement captée par leurs investisseurs.
Sur la décennie arrêtée fin 2024, le fonds moyen a rapporté 8,2 % par an ; l’investisseur moyen, 7,0 %.
1,2 point de performance disparaît chaque année.
La cause n’est pas principalement les frais.
C’est le timing : on achète après la hausse, on vend après la baisse.
Plus un actif est liquide, plus cette tentation est à portée de main.
À l’inverse, une certaine forme d’illiquidité peut parfois protéger de nous-mêmes : lorsqu’un investissement est pensé pour plusieurs années, il devient plus difficile de transformer une émotion de court terme en décision patrimoniale.
Troisième coût : le renoncement à la prime d’illiquidité
En restant liquide, on renonce aussi à une rémunération potentielle.
En théorie financière, les investisseurs qui acceptent d’immobiliser leur capital s’attendent à être rémunérés pour cette contrainte.
C’est ce que l’on appelle la prime d’illiquidité.
Son existence est largement reconnue, même si son ampleur fait encore débat et varie selon les classes d’actifs, les périodes et la qualité de la sélection.
Autrement dit, accepter d’abandonner une partie de sa liquidité peut, dans certaines conditions, donner accès à des sources de rendement auxquelles les capitaux parfaitement liquides n’ont pas accès.
Cette prime n’est ni automatique, ni garantie.
Elle se mérite.
Un mauvais fonds transforme l’illiquidité en punition, pas en rémunération.
Ce que la liquidité vaut vraiment
Rien de tout cela ne fait de la liquidité un défaut.
Elle est indispensable.
Il faut de la liquidité pour vivre, absorber un imprévu ou financer un projet.
Elle possède aussi une véritable valeur d’option.
Lorsqu’une crise survient ou que des actifs deviennent exceptionnellement attractifs, disposer de capital immédiatement mobilisable peut créer beaucoup de valeur.
C’est ce que résume l’expression anglo-saxonne « cash is king ».
Le contexte compte également.
Lorsque les taux d’intérêt remontent, le coût d’opportunité des liquidités diminue puisqu’elles retrouvent une rémunération.
À l’inverse, lorsque les taux sont durablement faibles, conserver trop de cash devient beaucoup plus coûteux.
Le problème n’est donc pas d’avoir de la liquidité.
Le problème est d’en avoir trop, trop longtemps, sans l’avoir décidé.
Chaque euro a son horizon. Et c’est cet horizon, bien plus que le support lui-même, qui devrait déterminer son niveau de liquidité.
La bonne question n’est pas : « liquide ou illiquide ? ».
Elle est : « de combien de liquidité ai-je réellement besoin ? ».
Pour mes dépenses. Pour mes projets. Pour ma marge de sécurité.
Et surtout : que fait le reste ?
Car ce « reste », s’il a un horizon long, paie souvent très cher son confort de disponibilité.
Les limites, dites clairement
L’illiquidité n’est pas gratuite non plus.
Bloquer son capital fait courir un risque : celui de mal choisir sans pouvoir corriger rapidement.
La prime d’illiquidité ne s’achète pas.
Elle se construit par la sélection.
La liquidité, par ailleurs, n’est pas binaire.
Entre le livret bancaire et un fonds fermé pendant dix ans existent de nombreuses solutions intermédiaires : immobilier, dette privée, fonds semi-liquides ou véhicules offrant des fenêtres de rachat.
Enfin, certains placements vendus comme liquides ne le sont qu’en apparence.
Lorsque tout le monde souhaite sortir en même temps, cette liquidité peut disparaître précisément au moment où elle est le plus recherchée.
La vraie question
La liquidité a un prix.
L’illiquidité peut offrir une rémunération supplémentaire.
Aucune n’est bonne ou mauvaise dans l’absolu.
Tout dépend de la part de patrimoine concernée, de l’horizon d’investissement… et du besoin réel de disponibilité.
Le travail patrimonial consiste précisément à dimensionner la poche liquide au juste besoin.
Ni plus. Ni moins.
Puis à décider, en conscience, ce que fait le capital de long terme qui reste.
On parle souvent du coût des investissements.
On parle beaucoup plus rarement du coût de ne pas investir.
Pourtant, sur plusieurs décennies, c’est souvent celui qui pèse le plus lourd.
À lire également : ETF ou Private Equity : le faux débat et la dynamique de la courbe en J, qui prolongent la réflexion sur l’horizon et la prime d’illiquidité.
Sources : T. Rowe Price - One Hundred Twenty-Five Years of Returns: Timeless Lessons in Investing ; J.P. Morgan Asset Management - Holding Cash in a Volatile Market ; Morningstar - Mind the Gap (édition arrêtée fin 2024) ; Barclays Private Bank / Preqin - In Search of a Rich Illiquidity Premia Harvest in Private Equity.
Ce contenu est publié à titre informatif et reflète une analyse indépendante. Il ne constitue ni un conseil en investissement ni une recommandation personnalisée. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.