Le vocabulaire du private equity a gardé la trace de sa structure juridique d’origine, le limited partnership anglo-saxon : d’un côté le General Partner, de l’autre les Limited Partners. Derrière ces deux sigles se trouve la relation qui organise toute la classe d’actifs, avec ses règles, ses rémunérations, ses tensions et, depuis quelques années, une évolution qui redistribue les rôles : la montée des opérations GP-led sur le marché secondaire. Cet article décrit qui fait quoi, qui gagne quoi, et ce qu’un investisseur privé doit en retenir avant de souscrire.
Le General Partner : celui qui gère
Le GP est la société de gestion. C’est elle qui définit la stratégie du fonds, lève les capitaux auprès des investisseurs, identifie les entreprises cibles, conduit les acquisitions, siège aux conseils, accompagne les dirigeants pendant la détention, décide des cessions et distribue le produit des ventes. Elle produit les reportings trimestriels et les valorisations, organise les assemblées d’investisseurs et répond aux questions du comité consultatif.
La vie d’un fonds fermé se déroule en deux temps que le GP orchestre. La période d’investissement, en général les quatre ou cinq premières années, pendant laquelle il appelle le capital au rythme des acquisitions. Puis la période de détention et de sortie, pendant laquelle il travaille les participations et les cède, sur une durée totale de dix ans environ, prolongeable. Pendant tout ce temps, le GP est le seul à décider : c’est l’essence du modèle, et c’est ce qui rend son choix si déterminant.
Le GP porte aussi, dans la structure historique, une responsabilité illimitée sur les engagements du fonds, d’où son nom. En pratique, les gérants s’organisent en sociétés qui limitent cette exposition ; le principe demeure qu’ils assument la gestion et ses conséquences, là où les investisseurs ne risquent que leur mise.
Les Limited Partners : ceux qui financent
Les LP apportent le capital. Ce sont historiquement des institutions : fonds de pension, compagnies d’assurance, fonds souverains, fondations, banques. S’y ajoutent les family offices et, de plus en plus, les investisseurs privés, directement lorsqu’ils atteignent les tickets requis, ou à travers des feeders et des fonds de fonds qui mutualisent les souscriptions. Notre article sur les fonds de fonds et les feeders décrit ces structures d’accès.
Le LP s’engage sur un montant, puis répond aux appels de capitaux du GP pendant la période d’investissement. Il reçoit les distributions au fil des cessions, les reportings, et dispose de droits d’information et de quelques droits de contrôle : approbation de certaines décisions par un comité consultatif, possibilité, dans des cas définis, de révoquer le gérant ou de mettre fin à la période d’investissement. Il n’intervient jamais dans le choix des participations. Sa responsabilité est limitée au montant engagé.
Le LP est donc un investisseur passif au sens juridique, mais pas au sens économique : c’est lui qui choisit à quel gérant confier son capital, sur quel millésime, à quelle hauteur, et c’est cette sélection qui détermine l’essentiel de son résultat. Dans le non coté, l’écart de performance entre les gérants est plus large que dans toute autre classe d’actifs. Le métier du LP, ou du conseil qui l’accompagne, est la sélection.
Le contrat qui les lie : règlement, frais, alignement
La relation entre GP et LP est fixée dans le règlement du fonds, ou limited partnership agreement. Il définit la stratégie et ses limites, la durée, les modalités d’appel et de distribution, la gouvernance, et surtout la rémunération du gérant.
Celle-ci repose sur deux piliers. La commission de gestion, annuelle, calculée sur les engagements pendant la période d’investissement puis, le plus souvent, sur le capital investi ou l’actif net : elle finance l’équipe et ses coûts. Le carried interest, part des plus-values attribuée au gérant au-delà d’un seuil de rendement servi aux investisseurs, appelé hurdle, et après remboursement du capital appelé : il récompense la performance. Des clauses de rattrapage et de restitution organisent son calcul dans le temps. Notre guide sur les frais d’un fonds détaille ces mécanismes.
L’alignement des intérêts tient à quelques points que tout investisseur doit vérifier : le niveau du hurdle, le calcul du carried interest sur l’ensemble du fonds plutôt qu’opération par opération, et l’engagement personnel de l’équipe dans son propre fonds. Un gérant qui investit une part significative de son patrimoine aux côtés de ses LP partage leur sort ; c’est le signal le plus lisible. Nous lui consacrons un article sur l’alignement des intérêts, et une section entière de notre grille de notation.
Les GP-led : quand le gérant devient vendeur et acheteur
Le marché secondaire du private equity a longtemps été le marché des LP : un investisseur qui souhaitait sortir avant l’échéance vendait ses parts de fonds à un acheteur spécialisé, souvent avec une décote. Ces opérations, dites LP-led, existent toujours et représentent une part importante du marché. Mais une seconde famille a pris une place considérable au cours des dernières années : les opérations GP-led.
Le mécanisme est le suivant. Un fonds arrive en fin de vie, mais certaines de ses participations n’ont pas achevé leur trajectoire : une entreprise en pleine croissance, un projet de consolidation inachevé, un marché défavorable à la cession. Plutôt que de vendre à contretemps ou de prolonger le fonds au-delà de ce que ses investisseurs acceptent, le gérant transfère ces actifs dans un nouveau véhicule, appelé fonds de continuation, financé par des investisseurs secondaires. Les porteurs historiques choisissent : sortir au prix de la transaction, ou rester dans le nouveau véhicule.
Pour le gérant, l’intérêt est double : il conserve la gestion d’actifs qu’il connaît intimement et qu’il juge encore porteurs, et il cristallise une partie de son carried interest. Pour l’acheteur secondaire, l’opération donne accès à des actifs identifiés, mûrs, gérés par une équipe en place. Pour les porteurs historiques, elle offre une liquidité qu’un fonds fermé ne procure pas d’ordinaire.
Ces avantages ont un revers : le gérant se trouve des deux côtés de la transaction. Il vend, au nom du fonds sortant, des actifs qu’il achète, au nom du fonds de continuation. Le prix de transfert, le choix des actifs transférés, les conditions offertes aux porteurs historiques et la rémunération du gérant dans le nouveau véhicule soulèvent des questions de conflit d’intérêts que la réglementation et les comités consultatifs encadrent, mais qu’un investisseur doit examiner lui-même. Le réinvestissement du gérant dans le véhicule de continuation, et le fait qu’il remette en jeu ou non le carried interest cristallisé, sont les deux signaux à lire en premier.
Ce que cela change pour un investisseur privé
Les fonds secondaires accessibles aux investisseurs privés mêlent aujourd’hui, dans des proportions variables, des opérations LP-led et GP-led. Les premières apportent la diversification et la décote ; les secondes apportent des actifs identifiés et un gérant engagé, avec un risque plus concentré. La part de GP-led d’un fonds secondaire, et la manière dont son gérant analyse ces opérations, font partie de ce que nous notons. Notre page consacrée aux fonds secondaires compare les véhicules de notre sélection sur ces critères.
Plus largement, comprendre la relation GP-LP permet de poser les bonnes questions avant de souscrire un fonds, quelle que soit sa stratégie. Qui décide ? Le GP, seul. Qui choisit le GP ? Vous, ou votre conseil. Qui paie quoi ? Le règlement le dit, ligne par ligne. Qui partage votre sort ? L’équipe, si elle a investi à vos côtés. La méthodologie de scoring que nous appliquons à chaque fonds de notre sélection ne fait rien d’autre que systématiser ces questions.
En résumé
Le GP gère et décide ; le LP finance et choisit son GP. Le règlement organise leur relation, la rémunération et l’alignement des intérêts. Les opérations GP-led ont donné au gérant un rôle nouveau, celui d’organisateur de sa propre liquidité, qui offre des opportunités et exige une vigilance particulière sur les conflits d’intérêts. Dans tous les cas, le métier de l’investisseur reste le même : sélectionner.